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La crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006

La crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006
janvier 2006

Le gaz naturel a rarement l'honneur de la Une des médias. La tension concernant les approvisionnements gaziers entre la Russie et l'Ukraine au début de l'année a été l'occasion de mettre cette énergie au premier plan et de souligner certaines problématiques qui pourraient devenir sensibles dans les années à venir.

L'IFP fait le point sur ce dossier et revient sur les leçons de la crise gazière russo-ukrainienne.

Guy Maisonnier, de la Direction Économie et Veille de l'IFP, répond à nos questions.

  • La crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006 est-elle un conflit économique ou politique ?

G.M.  : D'une certaine façon, l'Europe a "découvert" le 1er janvier 2006 qu'elle dépendait du gaz russe, et de façon indirecte de l'Ukraine. En effet, faute d'accord commercial entre ces deux pays, la compagnie russe Gazprom décidait, le 2 janvier, de couper les livraisons à destination de l'Ukraine, entraînant en Europe des baisses de l'approvisionnement de 20 à 30%. Suite au changement de chef d'État en Ukraine après la "révolution orange", la question d'un enjeu politique s'est clairement posée. Si cet aspect n'est probablement pas totalement absent, il ne constitue certainement pas le motif premier de cette tension.
 En effet, la Russie, via sa compagnie gazière, a engagé en 2005 un ensemble de négociations avec les pays de l'ex-URSS, visant à revoir les conditions tarifaires d'importation ou de vente et de transit. La négociation avec l'Ukraine ne revêtait donc pas un caractère exceptionnel.

  • Quel est le contenu de l'accord entre la Russie et l'Ukraine ?

G.M. :  Après la coupure des 1er et 2 janvier, une nouvelle rencontre, le 4, entre la Russie et l'Ukraine, permettait de conclure un accord, présenté comme satisfaisant par les deux parties : la Russie a obtenu un alignement de son prix de vente sur le prix du marché (plus de 200 $ pour 1000 m 3), et l'Ukraine bénéficie toujours d'un prix moyen inférieur (moins de 100 $ pour 1000 m3), grâce à des achats de gaz Turkmène en particulier.
 Rappelons que Gazprom souhaite progressivement arriver en 2006 à une certaine "vérité" des prix intérieurs du gaz, dans un premier temps pour les industriels. Dans ce contexte, il aurait été relativement incohérent de soutenir ces réformes en interne et de continuer à "subventionner" l'économie ukrainienne via des prix du gaz particulièrement bas (50$ pour 1000 m 3 en 2005).

  • Le gaz est-il devenu une arme politique ?

G.M.  : A l'occasion de la crise russo-ukrainienne, le terme de "guerre du gaz" a été utilisé dans la presse. Certes, l'Europe à 25, qui produit un peu de moins de la moitié de ses besoins gaziers et importe le solde de Russie (25%), de Norvège (15%) et d'Algérie (11%), s'est retrouvée dans une position délicate. Malgré tout, la Russie constitue un partenaire gazier fiable de l'Europe depuis le début des années soixante-dix. Si l'arme du gaz n'a quasiment jamais été employée, cela tient avant tout au fonctionnement du marché gazier. L'importation de gaz naturel nécessite en effet des infrastructures et un cadre contractuel particuliers. C'est d'une part un lien physique exclusif et de longue durée entre un pays exportateur et un ou des pays de transit ou d'importation. C'est aussi des contrats de long terme (15 à 25 ans) liant les différents acteurs. Ce contexte particulier crée une convergence d'intérêts entre les différents protagonistes et offre ainsi une certaine garantie que le gaz ne devienne pas une arme entre eux.

  • Comment l'Europe peut-elle garantir la sécurité de son approvisionnement en gaz naturel ?

G.M.  : Actuellement, l'Europe n'a pas de politique commune en ce qui concerne la sécurité des approvisionnements, faute de volonté suffisante des États membres. Le contexte des échanges gaziers européens était relativement sûr jusqu'à présent pour se contenter d'un dialogue au niveau des 15 pays membres. Pourtant, avec la dérégulation et une dépendance européenne croissante, une politique plus structurée et coordonnée pourrait désormais constituer un objectif commun. La directive du 26 avril 2004 concernant des mesures visant à garantir la sécurité de l'approvisionnement en gaz naturel constitue une première étape en ce sens. Au niveau diplomatique, les actions ont également été nombreuses pour tenter de rapprocher les différents pays intra- et extra-européens vers un modèle partagé. La charte européenne de l'énergie a ainsi été adoptée en 1991, et en 1995 le programme Inogate a été lancé pour améliorer l'intégration régionale des pipelines de transport pétrolier ou gazier. Dans la crise entre la Russie et l'Ukraine, l'Europe a été assez ferme pour rappeler que les enjeux dépassaient ces deux pays et ainsi favoriser dans une certaine mesure un aboutissement rapide.

  • Comment aborder l'avenir ?

G.M.  : Demain, les risques sont susceptibles de devenir plus importants, et ce pour 2 raisons :
 1– les échanges par bateau (GNL) devraient représenter une part croissante du commerce gazier (25% aujourd'hui) et limiter la solidarité physique naturelle des échanges par gazoducs.
 2– la dérégulation, déjà réalisée dans les pays anglo-saxons et en cours en Europe, a pour conséquence de modifier les relations contractuelles : durée plus courte des contrats, volumes achetés plus faibles compte tenu de la multiplicité des acheteurs.
 Flexibilité plus grande des approvisionnements mais également volatilité plus importante des prix constituent les tendances probables du "nouveau modèle gazier".
 Il faut en tout état de cause continuer à favoriser la diversification : des sources côté acheteurs et des routes d'exportation côté vendeurs (choix par exemple de Gazprom en Russie ou de Sonatrach en Algérie). Globalement, la sécurité des approvisionnements repose sur un ensemble de mesures préventives d'une part, via des politiques énergétiques, industrielles et diplomatiques, et d'urgence d'autre part (stocks, clients effaçables, souplesse des contrats...).

+ Zoom : Vers une OPEP du gaz ?

Guy Maisonnier, de la Direction Économie et Veille de l'IFP, répond à nos questions

+ Les clés pour comprendre > Les sources d'énergie > Le gaz naturel
+ Les grands débats > Quel avenir pour le gaz naturel ?
+ Colloque Panorama 2006 - "Le gaz naturel : quelle croissance, quels marchés dans un contexte de prix élevés du pétrole ?"
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