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La production pétrolière en mer (offshore)

La production pétrolière en mer (offshore)
août 2010

Avec la marée noire qui touche le golfe du Mexique, de nombreuses questions se posent sur les enjeux de la production pétrolière en mer : quels sont les défis technologiques et les risques liés à l'exploitation en eaux profondes ? Pourquoi est-il nécessaire d'aller chercher du pétrole toujours plus loin ?

Sylvain Serbutoviez, ingénieur exploration-production à la direction Économie et Veille d'IFP Energies nouvelles, répond à nos questions.

Sylvain Serbutoviez

Que représente l'exploitation pétrolière offshore ?

La production offshore joue un rôle important dans notre approvisionnement énergétique. Elle représente 30 % de la production mondiale de pétrole (avec 25 millions de barils par jour) et 27 % de celle de gaz. L'offshore représente par ailleurs 20 % des réserves mondiales de pétrole et 30 % de celles de gaz.
 Si la majorité de la production est opérée par moins de 500 mètres d'eau, l'offshore dit « profond », dans des zones situées par plus de 1000 m de hauteur d'eau, se développe depuis quelques années grâce à des avancées technologiques majeures, notamment dans le domaine de la sismique ou des installations sous-marines.

  • Quelle est la part de la production pétrolière à plus de 1000 mètres ?

Environ 450 champs ont été découverts, dont 38 % dans le golfe du Mexique aux États-Unis, 26 % dans le golfe de Guinée en Afrique et 18 % au Brésil. Ils ne représentent pour l’instant que 3 % de la production mondiale de pétrole, mais ce chiffre ne fera que croître dans les années à venir compte tenu des réserves estimées de l'ordre de 72 Gb. Pour donner un ordre d'idée, la production d'huile par plus de 1000 m a augmenté de 12 % entre 2006 et 2008. Pour le gaz, la production par plus de 1000 m d'eau représente moins de 2 % de la production mondiale et les réserves sont estimées à 2,7 Tm3 (mille milliards).

  • Pourquoi les conditions d'exploitation sont-elles particulièrement difficiles en mer ?

Au-delà de 200 m, l'exploitation ne se fait plus avec des plateformes fixes mais avec des installations flottantes, et l'intervention humaine n'est plus possible. Par ailleurs, à cette profondeur, les conditions de température et de pression deviennent très sévères et rendent à la fois les conditions d'exploitation (formation d'hydrates) et d'intervention beaucoup plus difficiles (robots). De plus, les conditions météorologiques sont souvent extrêmes : il faut affronter ouragans, tempête et houle. Même si la technologie a fait d'énormes progrès, cela reste une production complexe et coûteuse, avec des défis technologiques majeurs.

  • Pourquoi les compagnies pétrolières s'intéressent-elles à l'offshore ?

Parce que c'est l'une des rares zones d'accès aux réserves à l'exception des sables asphaltiques du Canada. Les réserves terrestres sont le plus souvent exploitées par les sociétés nationales des États producteurs, comme en Arabie saoudite, en Russie ou au Mexique. C'est donc dans les zones offshores que les compagnies pétrolières ont réalisé la plupart de leurs grandes découvertes récentes. En 10 ans, l'offshore est passé de 30 % des nouvelles découvertes à 38 %. L'exploitation offshore permet aussi de se protéger des conflits à terre, comme par exemple dans le golfe de Guinée où il est plus sûr de produire en mer qu'à terre.
 Le prix du baril élevé a aussi favorisé ce développement, l'exploitation des gisements en mer étant devenue rentable. Enfin, l'exploitation en offshore profond exige une haute technologie et d'énormes investissements que seules les « majors » ou certaines compagnies nationales comme Petrobras peuvent fournir.

  • Après l'accident du Deep Water Horizon, la production offshore va-t-elle ralentir, voire s'arrêter ?

Dans un contexte où la demande d'énergie augmente et où les énergies renouvelables ne peuvent pas se substituer encore massivement au pétrole, il est difficilement concevable d'arrêter brutalement la production offshore (qui représente, rappelons-le, 30 % de la production mondiale de pétrole). C'est par ailleurs en mer profonde que se trouvent les plus grandes zones non explorées. A terre, la grande majorité des bassins sédimentaires ont déjà été explorés.
 La production offshore devrait donc se poursuivre : près de 30 nouveaux champs situés sous plus de 1 000 mètres d'eau devraient être mis en production tous les ans d'ici à 2020, soit plus du double de la décennie 2000-2010.

  • Va-t-on néanmoins tirer les leçons de la marée noire qui s'est produite dans le golfe du Mexique ?

Évidemment. Cette catastrophe a fortement sensibilisé tous les acteurs pétroliers à la problématique de la sécurité. Un moratoire sur le forage offshore dans le golfe du Mexique a été immédiatement décrété par le gouvernement américain pour une durée de 6 mois.
 De grandes compagnies pétrolières, dont Exxon Mobil et Royal Dutch Shell, ont annoncé qu'elles consacreraient un milliard de dollars à la mise au point d'un nouveau système permettant de descendre jusqu'à 3.000 mètres de profondeur et capturer 100.000 barils de pétrole par jour. Le système, qui pourra être mis en place en 24 heures, comprendra une large gamme d'équipements et sera utilisable quelles que soient les conditions météorologiques, assurent les compagnies.
 En Europe, les consignes de vigilance ont d'ores et déjà été accrues. Une fois l'analyse de l'accident menée à terme, les réglementations sur la sécurité vont certainement être renforcées. A l'avenir, tout sera fait pour garantir encore davantage la sécurité des plates-formes pétrolières et minimiser les risques.

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