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Marchés de l'énergie 2013 : l'année des ruptures

février 2013

Olivier Appert, Président d'IFP Energies nouvelles nous livre son analyse des marchés énergétiques.

 Quel bilan tirer de 2012 s'agissant de l'évolution des prix du pétrole ?

 OA : L'année 2012 a vu, une nouvelle fois, deux forces contradictoires peser lourdement sur le marché de l'énergie la géopolitique d'un côté avec notamment le renforcement des tensions avec l'Iran, l'incertitude économique de l'autre avec les pays occidentaux.

Nous avions envisagé un scénario central compris entre 100 et 120 $/b pour le Brent. C'est globalement ce que l'on a pu observer en 2012 à l'exception des deux envolées très ponctuelles

  • L'une s'est produite à la hausse avec un prix proche des 130 $ suite aux inquiétudes liées à l'embargo européen sur l'Iran et aux menaces de représailles sur le détroit d'Ormuz
  • L'autre à la baisse vers les 90 $ au plus fort des inquiétudes économiques européennes. Le sommet européen de juin permettra de les lever entrainant rapidement le Brent vers les 110 $.

Ces deux extrêmes soulignent les forces à l'oeuvre sur les marchés énergétiques la géopolitique et l'activité économique mondiale.

 Comment se présente le contexte énergétique en 2013 ?

 OA : Rarement les incertitudes ont été aussi nombreuses. D'importants "game changers" sont susceptibles de transformer le paysage énergétique au cours de ces prochaines années :

  • La croissance extrêmement rapide de la production de pétroles de schiste aux Etats-Unis. Pour le gaz naturel, les gaz de schiste donnent le sentiment d'une possible abondance de l'offre à terme.
  • Du côté des renouvelables, la question de leur développement se pose compte tenu d'un soutien relativement couteux.
  • Les perspectives économiques restent floues pour les pays occidentaux, sauf peut être pour les Etats-Unis qui bénéficient d'une compétitivité retrouvée grâce aux énergies fossiles.
  • Enfin, le paysage géopolitique reste instable, voire potentiellement sous tension durable.

 Quel est votre pronostic pour 2013 ?

 OA : Compte tenu des incertitudes économiques et géoplolitiques, une fourchette des prix du brut comprise entre 100 et 120 $/b pour l'année 2013 nous semble réaliste. Compte tenu de l'équilibre offre/demande, une certaine détente est envisageable vers le seuil des 100 $/b. Sans être décisif pour assurer une relance économique, cela apporterait un léger coup de pouce pour l'économie mondiale. Mais la réalité de ce mouvement baissier sera évidemment conditionnée par l'absence de tensions géopolitiques majeures.

 Quelle est la situation du marché énergétique américain ?

 OA : Selon des scénarios récents, la production pétrolière des Etats-Unis pourrait dépasser celle d'Arabie Saoudite dès 2020. Les Etats-Unis pourraient devenir autonome sur le plan pétrolier vis à vis des importations du Moyen-Orient. Ce serait un évènement géopolitique important susceptible de remodeler le lien historique unissant les Etats-Unis et le Moyen-Orient, et plus particulièrement l'Arabie Saoudite. Restent néanmoins de nombreuses incertitudes à lever en ce qui concerne la croissance de la production aux Etats-Unis. Elles dépendent de nombreuses hypothèses dont le taux de productivité des puits et la densité du nombre de forage.

Du côté du gaz le marché, toujours impacté par le développement des gaz non conventionnels, a beaucoup évolué. La croissance de la consommation en 2012 est due à la progression exceptionnelle de la consommation gazière dans le secteur de la production d'électricité aux Etats-Unis. La part du gaz naturel dans la production d'électricité atteint un record historique à près de 30 %. Ceci se fait au détriment bien sûr du charbon dont la part est en recul de 10 % depuis 2009.
 Cette progression est le résultat de la baisse du prix sur le marché américain depuis 4 ans (prix moyen annuel de 2,8 $/MBTU en 2012). Il faut remonter à 1999 pour retrouver des prix annuels aussi faibles. Les valeurs 2012 ne semblent pas tenables compte tenu de la réalité des coûts de production. C'est pourquoi les marchés tablent sur une progression vers les 3,5 à 4 $/MBtu en 2013.

 Quelle est la situation du marché gazier européen et asiatique ?

 OA : Sur la base des dernières estimations de CEDIGAZ, la consommation mondiale de gaz a augmenté rapidement en 2012, en ligne avec sa trajectoire de croissance de moyen terme (+ 2,5 %/an).

Le marché européen de son côté est dans une situation complexe caractérisée par un ralentissement économique, par la divergence des prix indexés et des prix spots et par la non compétitivité du gaz par rapport au charbon dans le secteur électrique. Cette absence de compétitivité est le résultat de l'effet gaz de schiste américain qui a fait baisser le prix international du charbon. Le prix du gaz est aujourd'hui près de deux fois trop élevé pour être concurrentiel avec le charbon.
 La conséquence est une forte chute de la consommation gazière au niveau européen, de 13 % en 2011 et de 2 % au moins en 2012. Au Royaume-Uni, la baisse est particulièrement spectaculaire en 2012 : 14 % en un an lié au recul de 35 % de la consommation de gaz dans le secteur électrique. Le marché européen du gaz est donc dans une situation délicate en raison de ces prix long terme mais aussi spots beaucoup trop élevés.

S'agissant de l'Asie, et plus particulièrement du Japon, la fermeture des centrales nucléaires après la catastrophe de Fukushima a imposé un recours accru aux énergies fossiles pour la production d'électricité.
 L'évolution des importations de GNL du Japon montre que ce n'est pas sans conséquence sur les émissions de CO 2, sur les prix ou sur la facture énergétique. Si l'on tient compte de la progression des achats et du prix du gaz depuis mars 2011, on peut estimer à environ 20 milliards de dollars le surcoût. Cela correspond à peu près au montant du déficit commercial historique de 2011 de 24 milliards de dollars.
 Le nouveau gouvernement japonais élu fin décembre a, dans ce contexte, décidé de redémarrer les centrales nucléaires. Ce ne sera pas sans conséquences sur la consommation gazière nippone qui pourrait progressivement revenir vers les 100 Gm 3 soit 20 Gm 3 en moins. C'est un facteur qui pourrait détendre le marché spot du GNL en Asie, et par voie de conséquence, le marché spot européen.

 Et la transition énergétique, où en est-on ?

 OA : La dernière Conférence des Parties tenue à Doha fin décembre a abouti à une décision symbolique la prorogation du protocole de Kyoto jusqu'en 2020. Mais il ne concerne désormais qu'un nombre limité de pays responsables de 15 % seulement des émissions mondiales de CO 2. Le véritable enjeu se situe désormais en 2015. Il s'agira de définir un accord global avec l'implication de tous les pays pour tenter de contenir à +2°C le réchauffement global de la planète.

L'année 2012 a marqué un coût d'arrêt à la croissance rapide des investissements mondiaux dans les renouvelables. Le recul de 11 % des investissements s'explique par la baisse des aides accordées à ces énergies dans un contexte budgétaire contraint dans les pays occidentaux. A titre d'exemple, les montants liés à ces aides atteignent près de 14 G€ en Allemagne. En France, ils atteignent 2,2 G€ en 2012, ils pourraient passer à 3G€ en 2013 et à plus de 7 G€ en 2020.
 L'enjeu pour limiter ces subventions est bien entendu de renforcer la compétitivité des ENR. 3 voies peuvent y concourir

  • La hausse du prix des énergies fossiles c'est une hypothèse peu probable à court terme.
  • L'intégration d'un prix ou d'une taxe CO 2 dans le prix de l'énergie. La renégociation du système européen de trading des émissions représente un enjeu critique.
  • Enfin, la voie technologique. C'est l'option bien évidemment suivie par IFPEN.
>> Télécharger les notes de synthèse de Panorama 2013
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