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Vers une OPEP du gaz ?

Vers une OPEP du gaz ?
juin 2007

Le 9 avril 2007 se réunissait le 6ème forum ministériel des pays exportateurs de gaz (GECF - Gas Exporting Countries Forum). Cette réunion intervenait après les déclarations récentes de différents pays sur l'opportunité de créer une OGEC (Organisation of Gas Exporting Countries) du gaz, à l'image de l'OPEP * du pétrole.

La création d'une OGEC est-elle possible et quelles en seraient les conséquences ?

Guy Maisonnier, de la Direction Économie et Veille de l'IFP, répond à nos questions.

Guy Maisonnier
  • Quels sont les objectifs du GECF ?

G.M.  : Le GECF a été conçu à l'origine comme un lieu de coopération et d'échanges entre les pays producteurs et exportateurs de gaz. Il s'agit donc d'échanger informations et expériences en matière d'exploration et de production, d'analyser les évolutions des marchés et de favoriser la pénétration du gaz dans le bilan énergétique mondial. Le dialogue producteurs/consommateurs, à l'image de ce qui se fait pour le marché pétrolier, fait aussi partie des sujets abordés, tout comme la sécurité des approvisionnements.
 Mais le rôle du GECF reste aujourd'hui limité ; il n'a rien à voir avec celui de l'OPEP, organisation plus structurée et surtout plus influente, qui a instauré une politique de quotas visant à réguler l'offre.

  • Qui participe aux réunions du GECF ?

G.M.  : Le forum des pays exportateurs de gaz a tenu sa première réunion en mai 2001 à Téhéran. Depuis, de nouvelles rencontres sont organisées chaque année : en Algérie en 2002, puis au Qatar, en Égypte, à Trinidad et de nouveau au Qatar en 2007. Le prochain forum se tiendra en 2008 en Russie.

En l'absence de structure très rigide, la participation à ces réunions a été assez irrégulière pour certains pays, mais d'autres sont relativement fidèles : l'Algérie, Brunei, l'Égypte, l'Indonésie, l'Iran, la Malaisie, le Nigeria, le Qatar, la Russie, le Venezuela, ainsi que la Norvège, comme observateur. Hors Norvège, ces 10 pays représentent environ 70 % des réserves mondiales de gaz naturel, 50 % des échanges et 40 % de la production.

  • Pourquoi l'idée d'une "OGEC" est-elle relancée aujourd'hui ?

G.M.  : La création d'une OGEC en vue de renforcer la coopération entre pays producteurs de gaz avait déjà été évoquée par le passé mais sans susciter un écho significatif.
 Depuis 2006, un ensemble d'évènements a relancé le débat.
 Tout d'abord le contexte entre la Russie et l'Union Européenne relativement tendu, en raison de différents liés à la dérégulation des marchés et aux problèmes d'approvisionnements, a sans aucun doute pesé dans le soutien russe à l'idée de l'OGEC.
 Puis vint l'annonce, en août 2006, de la signature d'un accord de coopération sur l'ensemble de la chaîne gazière entre Gazprom et la société algérienne Sonatrach ; accord qui a suscité l'inquiétude des pays européens.
 Les évènements se sont accélérés début 2007, lorsque l'Iran a relancé l'idée d'une OGEC lors de la visite d'une délégation russe. De plus, en mars 2007, le président du Venezuela Hugo Chavez et son homologue bolivien Evo Morales, signaient un accord régional visant à la création de l'OPEGASUR (Organization of South American Gas Producing and Exporting Countries). L'OPEGASUR a pour objectif de "rendre la souveraineté sur le gaz au peuple" et de renforcer la coopération entre les pays membres.

Actuellement trois pays soutiennent l'idée de la création d'une OGEC : l'Iran, le Venezuela et la Russie ; l'Algérie y semble également ouverte. En revanche, le Qatar souligne régulièrement les difficultés de mise en oeuvre d'une telle initiative. Le consensus est donc loin d'être acquis à ce jour.

  • Une OGEC pourrait-elle influencer le marché du gaz naturel ?

G.M.  : L'objectif principal d'un tel regroupement gazier serait, comme l'a rappelé lors du dernier forum Alexei Miller, le président de Gazprom, de renforcer la sécurité des approvisionnements au bénéfice tant des producteurs que des consommateurs. Toutefois, la problématique d'un "juste prix" du gaz (c'est-à-dire un prix équivalent à celui du pétrole, alors qu'actuellement le gaz se situe environ à 80 % du prix du brut) pour les producteurs fait également partie des sujets régulièrement abordés en coulisse.

Même si le marché gazier n'est pas mondial, une entente entre les principaux pays exportateurs serait susceptible d'influencer les prix. Elle pourrait porter sur l'obtention de l'alignement des prix du gaz sur ceux du pétrole brut pour les contrats long terme. Cet alignement pourrait s'obtenir de deux façons : par la négociation avec les acheteurs ou de façon plus contraignante, via une restriction concertée de l'offre. Cette dernière option serait de nature à revaloriser les prix dans les nouveaux contrats gaziers.Jusqu'à présent le commerce gazier a reposé sur la confiance. Le lien rigide qui unit producteurs et consommateurs, matérialisé par les gazoducs, crée en effet une certaine convergence d'intérêt entre les 2 parties. Une "gestion du marché" pourrait sensiblement modifier ce contexte et, in fine, porter atteinte à ceux qui seraient tentés de pratiquer ouvertement une politique de restriction : les acheteurs pourraient alors prendre des mesures adaptés (diversification des approvisionnements, maîtrise de la demande, etc.) pour en limiter les effets.

Une gestion type OPEP apparaît envisageable si les contrats court terme prennent une part croissante dans le commerce gazier international. La montée en puissance du GNL peut faciliter une telle évolution qui prendra en tout état de cause du temps à se concrétiser.

*  L’ Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole  est née en 1960 en réaction à la baisse des prix du brut, et donc des recettes des pays producteurs, dans un contexte d’émancipation des pays colonisés. L'objectif était d’abord de contrebalancer le pouvoir des grandes compagnies internationales et de stabiliser le prix du brut. L'OPEP concentre les 3/4 des réserves pétrolières mondiales.
  L’OPEP a mis en place en 1982 un système de quotas pour contrôler les quantités de brut mises sur le marché, afin d’éviter la surproduction et donc l’effondrement des prix.

+ Les clés pour comprendre > Les sources d'énergie > Le gaz naturel
+ Les grands débats > Quel avenir pour le gaz naturel ?
+ Colloque Panorama 2006 - "Le gaz naturel : quelle croissance, quels marchés dans un contexte de prix élevés du pétrole ?"
+ Zoom : La crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006

Guy Maisonnier, de la Direction Économie et Veille de l'IFP, répond à nos questions

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